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Conseils RH

Nos réactions comportementales face au Covid_19

eye 215 Publié le 27 Mar. 2020
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Pas de conseils, ni de chiffres dans cet article. Mais une analyse neuropsychologique de la situation, notre objectif étant d’apporter un regard différent, pour réfléchir ensemble sur les différentes étapes de la prise de conscience. Un peu comme un débriefing post-traumatique qui nous aiderait à digérer ces événements inédits.

On va reprendre depuis le début. Que nous est-il arrivé ?

1. Explosion du virus en Chine et en Italie - Le biais de l’optimisme

Au début de cette affaire, nous avons subi plus ou moins consciemment un biais d’optimisme. Cette stratégie cognitive est définie comme la tendance à croire que nous avons moins de risques qu’autrui d’être confronté à des évènements indésirables. Un accident de la route, un divorce ou le chômage ? Cela ne peut arriver qu’aux autres... Notre cerveau emprunte ce raccourci lorsqu’il ne dispose pas d’explication claire et précise sur le risque en question et lorsque, en plus, le risque se trouve loin dans l’espace. Raison pour laquelle, de janvier à début mars, ce qui se passait en Chine ou en Italie nous atteignait peu. Bien que nous ressentions de l'empathie envers les populations victimes.

2. Déclaration de pandémie par l’OMS - Création d’une représentation sociale

Depuis la déclaration de pandémie par l’OMS, le 11 mars, nos perceptions individuelles se sont transformées en une représentation sociale cohérente en très peu de temps. Dans ce processus, le rôle des médias et des réseaux sociaux est crucial. Ils remplissent les supports d’une grande quantité d’informations liées au virus. Mais cela ne suffit pas à entraîner une prise de conscience. Il faut aussi créer un débat autour de l’information pour faire réagir, rendre la population proactive. Selon le psychologue social Serge Moscovici, deux processus seraient à la base de la transformation des perceptions individuelles en représentations sociales par les médias :

L’objectivation, c’est à dire la construction d’une image structurée et figurative du risque. Dans le cas en question nous avons vu le virus se matérialiser avec des images réelles (chiffres de contaminés et de morts, images des malades en réanimations, témoignages des professionnels de  santé, discours politiques…)

L’ancrage, il s’agit de l’intégration de la nouveauté au système de pensée préexistant. Il faut lier le virus à quelque chose de connu (EBOLA, SIDA, guerre...).

3. Explosion en Italie et mesures de confinement en Europe - Peur et réactions

L’adoption des mesures de confinement ont suscité diverses émotions au sein de la population française. Peu à peu, les ruptures de stocks se sont succédées dans les supermarchés des grandes villes face à la panique générale. Ces réactions nous amènent à nous pencher sur la notion de peur. La peur est une émotion qui nous a permis de survivre au cours de l’évolution, d’apprendre et de nous adapter. Lorsque nous avons peur, l’amygdale, région au centre du cerveau qui gère les émotions et la motivation, s’active et libère de l’adrénaline. Cette hormone entraîne notamment l’accélération du rythme cardiaque et la dilatation des pupilles, phénomènes qui nous préparent à réagir rapidement, soit par la lutte soit par la fuite (“Fight or Flight” de Cannon, 1928). 

Mais une autre région de notre cerveau est capable d’atténuer cet effet : le cortex préfrontal (à l’avant du cerveau) va rationaliser les faits et temporiser nos réactions “primaires” pour proposer un comportement plus adapté à la situation (ne pas se ruer sur les stocks et se confiner).

4. Confinement depuis plusieurs jours - Acceptation ou refus

Depuis plusieurs jours, le confinement se fait donc de gré… ou de force. Pour une partie de la population, les sorties continuent : le confinement est dans notre situation une question de bien public qui n’est pas respectée de tous. Mais, tout comme les questions environnementales, le danger paraît loin et les actions individuelles semblent avoir peu d’impact sur le collectif. On observe que la peur et les faits n’ont pas empêché les sorties et la négligence quant aux gestes de précaution. Des études sur les campagnes de prévention par la peur ont montré que celles-ci fonctionnent seulement lorsque la solution est simple, rapide et concrète (se vacciner par exemple), mais il sera plus difficile de changer des habitudes (sortir de chez soi). De manière générale, ces campagnes vont plutôt prêcher les convaincus. Tandis que les personnes récalcitrantes vont adopter des mécanismes défensifs en renforçant les comportements contre-productifs, pour se conforter dans leur routine : c’est l’effet boomerang. Dans ce cas, d’autres stratégies sont plus efficaces (l’humour, félicitation des comportements positifs...).

La contribution au bien public est sans doute aussi une question d’identité sociale, motivée par le sentiment d’oeuvrer pour un but commun (sentiment d’agentivité dans l’action conjointe). Cela nécessite d’anticiper les actions et rôles des autres ainsi que les effets combinés de nos actions, pour se coordonner (se confiner, voir les autres se confiner, imaginer l’effet attendu : freiner la courbe de l’épidémie). Cela est d’autant plus difficile que l’échelle du groupe est grande, car nous avons peu de visibilité sur les actions de chacun (même avec les réseaux sociaux, où l’information afflue de manière hétérogène). Ce sont en général les directives des institutions qui parviennent alors à généraliser les pratiques. Par ailleurs, dans notre situation, cela peut paraître contre-intuitif de rester chez soi “par solidarité” au lieu de rendre visite aux plus fragiles pour les aider.

Conclusion

Il est clair que chacun vit la situation de façon personnelle. Certains peuvent recourir au biais de l’optimisme encore aujourd’hui, alors que d’autres ont éprouvé de la peur dès le mois de janvier. Nous avons différentes sensibilités, caractères et histoires. En outre, les conditions de confinement ne sont pas les mêmes pour tous. On ne vit pas le confinement de la même façon que l’on soit dans un studio en ville ou dans une maison à la campagne. Malgré tout, ces grandes étapes décrivent la prise de conscience de la plupart des personnes désormais confinées.

Maria Pia Donati

Psychologue du travail et consultante R&D, Central Test

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